Le hareng : maître poisson

Un peu d'histoire

En premier, aux Îles de la Madeleine, le poisson d'avril avait pas le même sens qu'aujourd'hui.

Les hivers étaient longs et les Îles étaient prises dans la glace, isolées du reste du monde. Y’avait pas d’avion, pas d’bateau ou pour nous ravitailler. Le monde vivait su’ les réserves de l’automne pis, sur la fin de l’hiver, i' restait pas épais d’viande à s’mettre autour de l’os.

Chaque année, c’était la même affaire. Ça arrivait comme ça, sans avertir, un jour du mois d’avril, tu pouvais les voir de sur le bord du cap, c’est comme s'il pleuvait un déluge. Y’avait des centaines et des centaines de margaux qui plongeaient dans la mer pour pêcher du poisson. Le hareng était r’venu !

C’est le hareng qui mettait fin à la misère. Les pêcheurs pouvaient enfin aller s’chercher une p’tite gagne. C’était rien d’rare-là, mais t’en avais assez pour améliorer ton gréement pis surtout, tu pouvais mettre du poisson frais dans ton assiette.  Avila Leblanc disait du hareng que c’était : le « maître poisson ». En plus de nourrir ta famille après l’creux d’l’hiver, i’ servait pour la bouette., ouai, c’est lui qui t’emmenait au homard, au maquereau pis à la morue. Dans c’temps-là, du hareng, y’en avait pas juste pour nous autres, y'en avait pour les fins et pis les fous ; on en vendait aux Américains pis aux Caraquettes qui partaient pêcher la morue sur les grands bancs d’Terre-Neuve, les légendaires. Pis c'qui restait, on l’salait pis on l’fumait dans les boucanneries pour le vendre sur les grands marchés. Ça faisait travailler des centaines pis des centaines de personnes, mais ça, c’est une autre histoire…